Extrait de
"Les Marchands de la Lune"

Dans cette forêt magique, les trois chercheurs de champignons ont fait de bien étranges rencontres : un bandit de grands chemins, un oiseau bleu, une mégère... Ils fuient, et pensent trouver rapidement la sortie, c'est à ce moment-là qu'apparaît un chef de gare... Un chef de gare dans une forêt où on n'a jamais vu de train ? Bizarre ! Bizarre !

Musique. Un chef de gare entre en chantant :

"Je suis Edgar le chef de gare"

Edgar : Mais qu'est-ce que je fais là moi ? Où est la gare ? Et le train de 17 h 43 qui n'arrive toujours pas... D'ailleurs comment pourrait-il arriver, il n'y a pas de rail ! Quel bien étrange endroit !
Chœur des arbres : N'est-ce pas ? Etrange et mystérieux !
Edgar : Mais vous les arbres, vous n'avez pas vu passer le train de 17 h 43 ?
Chœur des arbres : Non, nous n'avons jamais vu de train passer par ici.
Ils chantent
"Nous ne sommes que des arbres
Racines profondes et nez dans le vent
Nous ne sommes que des arbres,
Plantés sur le monde impassiblement..."
Edgar : Me voilà bien, moi ! De quoi ai-je l'air avec ma casquette et ma petite lanterne ?
Une petite fée arrive à ce moment là.
Mouchette : Moi, je vous trouve très bien avec cette casquette et la petite lanterne !
Edgar : Bonsoir, Madame la fée !
Mouchette : Oh ! Appelez-moi Mouchette, c'est plus simple.
Edgar : Moi, c'est Edgar.
Mouchette : Dites-moi : Où sommes-nous ici ?
Edgar : Ça alors, je n'en sais rien !
Mouchette : Moi, j'étais dans un vrai conte de fée, bien sûr, dans un château où une jolie princesse dormait. Et je ne sais par quel prodige je me retrouve ici. Serait-ce un coup, un sale coup de la méchante fée Calamite ?
Chœur des arbres : Non, non ! Ce n'est pas cela ! Mais nous ne savons rien d'autre.
Une demoiselle entre.
Midinette : Excusez-moi, pourriez-vous m'indiquer le chemin de l'hôpital ?
Mouchette : Pas du tout ! Je ne vois pas d'hôpital dans le secteur !
Midinette : Merci, tout de même petite fée.
Elle sort.
Edgar : Dites-moi, Mouchette, vous êtes une vraie fée ?
Mouchette : Hé, cette idée ! Bien sûr !
Edgar : Vous pouvez donc provoquer apparitions et disparitions à votre guise ?
Mouchette : Evidemment !
Edgar : Puis-je proférer un souhait ?
Mouchette : A cause de votre jolie casquette et de votre petite lanterne, je veux bien exhausser l'un de vos vœux. Mais un seul, c'est la règle ; réfléchissez bien.
Edgar : C'est tout réfléchi. Je souhaite voir apparaître le train de 17 h 43.
Mouchette : Ben vous alors ! Comme vous y allez ! Le train de 17 h 43 ?
Edgar : Oui.
Mouchette : Avec sa locomotive diesel et ses 12 wagons ?
Edgar : Oui.
Mouchette : Et nous pourrons le prendre pour partir en voyage ?
Edgar : Bien sûr ! Mais n'oubliez pas de composter votre billet !
Mouchette : Bon. Attention ! Elle se prépare,retrousse ses manches, puis se ravise. Elle se tourne vers les spectateurs.
Poussez-vous un peu, on a besoin de place !
Chœur des arbres : Mais, racines profondes et nez au vent, on ne peut pas bouger !
Mouchette : Alors, au moins, rentrez un peu le ventre ! Attention ! Elle se concentre. Abracatchou ! Abracatcha ! Abracatrain ! Abraca17h43 ! Touille touille touille brou !
Silence. Rien ne se produit. Elle regarde sa baguette, elle est très étonnée.
Ça alors ! Ça n'a pas marché ! Touille touille touille brou !
Silence. Toujours rien. Elle se tourne vers un arbre.
Je te transforme en crapaud ! Touille touille touille brou !
Toujours pas de résultat. Elle se tourne vers Edgar un peu apeuré.
Je te transforme en... en... en prince charmant ! Touille touille touille brou ! Toujours rien, bien entendu. Ça doit venir de la baguette qui ne fonctionne plus. C'est toujours comme ça : on achète bon marché et on n'a pas la qualité. Heureusement qu'elle est encore sous garantie !
Chœur des arbres : Non, ce n'est pas la baguette mais nous n'en savons pas plus.
Mouchette : Mais alors ?
Les chercheurs de champignons reviennent.
La Flèche : Eh bien zut ! On a tourné en rond ! Bizarre. Bonsoir m'sieur dame !
Edgar : Bonsoir ! Nous sommes perdus, pourriez-vous nous indiquer la sortie ?
Tronchebine : On allait vous demander la même chose.
Zig : Cet endroit est très étrange !
Chœur des arbres : Etrange et mystérieux !
Zig : Ce sont bien les arbres qui parlent !
Edgar : Bien sûr ! C'est étonnant mais c'est ainsi.
Chœur des arbres : Dame Lune !
Dame Lune : Edgar ? Toi ici ? Alors tout va de travers ! Même ce vieux chenapan de Cumulus perd les pédales ! Je vais leur dire deux mots à tous les trois. Patience mes amis !
Elle sort.
Un policier traverse la scène en furetant partout.

Poulardain En se parlant à lui-même sans faire attention aux autres : Voyons, j'étais passé par ici... Hum ! quelle drôle d'affaire !... Mon assistant ne m'a pas suivi... C'est bien dommage !
Il sort
Mouchette : Ce qui est bien dommage, c'est que le train de 17 h 43 ne soit pas là pour nous emmener en voyage.
Edgar : Vous aimez les voyages ?
Mouchette : Oui. J'ai une très bonne amie parmi les sorcières qui n'arrête pas de partir sur son balai. Elle me raconte les pays qu'elle découvre, les rencontres, ses aventures.... J'aimerais pouvoir voyager comme elle.
La Flèche : Dites, vous deux...
Mais Edgar et Mouchette continuent de se parler comme si les autres n'existaient pas.
Edgar : Moi aussi, vous savez, j'aimerais partir en voyage et je rêve en voyant tous ces trains qui filent vers de lointaines destinations... Mais un chef de gare, ça ne bouge pas...
Mouchette : Mais, puisqu'il n'y a pas de gare, pas de train, vous n'êtes plus chef de gare Edgar !
Edgar : C'est vrai !
Mouchette : Moi, avec une baguette qui ne fonctionne pas, je ne suis plus fée !
Edgar : C'est vrai !
Mouchette : Alors, si nous partions faire un beau voyage tous les deux ?
Edgar : D'accord !
Mouchette : Venez. Mais gardez tout de même votre casquette et votre petite lanterne. Ça vous va si bien !
Edgar : Tout ce que vous voudrez, mademoiselle Mouchette !
Ils sortent.

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